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Dans le catalogue de vente de Christie's à Londres le 24 septembre, j'ai vu un objet incongru et inattendu. Son destin de fable montre comment peut se transmettre jusqu'au monde d'aujourd'hui l'influence d'un style par ailleurs entièrement passé de mode.

Les décorateurs de l'époque de Louis XVI adoraient le thème des putti. Ils en mettaient partout. On en retrouve dans un miroir de table au cadre en bronze doré, haut de 1 mètre, fait par Gustave Doré entre 1880 et 1883 pour une commande Impériale Russe, et estimé aujourd'hui à 200 K£.

Dans les derniers mois avant sa crise cardiaque fatale, Doré commençait à s'intéresser à la décoration. Artiste prolifique influencé par le romantisme et le fantastique, il s'était jusqu'alors spécialisé dans les illustrations de livres, pour lesquels il fut l'un des meilleurs dessinateurs de son temps.

Accrochés à des draperies, les putti de son miroir sont réalistes et actifs. C'est la seule chose qui les distingue de leurs prédécesseurs, mais cela a sans doute suffi pour intéresser Jean Cocteau, grand amateur de l'oeuvre fantastique de Doré, qui en devint propriétaire.

C'est ainsi que cet objet inspira en 1946 l'un des films les plus poétiques et les plus atypiques de l'histoire du cinéma, "la Belle et la Bête" !

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Le miroir de Gustave Doré n'a pas été vendu.

Le vendeur en voulait donc trop cher, mais il est toujours difficile de trouver un acheteur pour les lots trop atypiques.

Si le prix d'un objet est bien, conformément à mon postulat, un indicateur fiable de son importance culturelle, c'est le résultat des enchères qui est à prendre en compte et non l'estimation.

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