Nous sommes à Mâcon, près de Lyon, en l'an XIII du calendrier révolutionnaire français (que l'on répertorie plus souvent aujourd'hui sous le millésime 1804-1805). Un industriel de cette ville, Joseph Dufour, invente le "panoramique". Dès l'année suivante, son succès l'amènera à s'établir à Paris.
La grande bourgeoisie, dont le statut social se renforce depuis la Révolution de 1789, cherche de nouvelles émotions, et un nouveau cadre de vie. Pour leurs appartements (et leurs châteaux), Dufour produit des papiers peints en couleurs, inspirés de sujets exotiques et plus tard mythologiques.
Son panoramique intitulé "les Sauvages de la mer du Pacifique" ou "les Voyages du Capitaine Cook", mérite une description détaillée, pour laquelle on s'appuie sur l'article de la
Wikipedia en anglais (cet article n'existe pas en français ...).
Vingt lés de papier fournissent une vision circulaire totale d'un paysage inspiré des récits de voyage de Cook. Circulaire signifie ici que le dernier lé peut se raccorder au premier. L'animation, très libre, de bateaux et d'indigènes, sort tout droit de l'imagination de l'artiste, Jean-Gabriel Charvet. Pour ne pas effrayer le bourgeois, les "sauvages" ressemblent à des acteurs d'opéras.
Probablement pour ajuster à la dimension voulue pour le client, Dufour fournissait aussi des séparations verticales étroites dessinées de colonnes, et une corniche pour atteindre le plafond.
Un exemplaire complet de ce chef d'oeuvre de Dufour et Charvet va passer en vente à
Paris (Drouot) le 12 juin, chez Binoche Renaud Giquello. Il comprend quatorze colonnes qui portent sa largeur totale à 17 mètres, et une corniche qui porte la hauteur à 2,7 mètres. Cet ensemble monumental (et si romantique !) est estimé 80 K€.