La semaine prochaine verra les grandes ventes d'art contemporain de New York. Il est toujours amusant d'y chercher qui sont les nouveaux venus. Cette fois-ci, à ce jeu, le gagnant est John Currin.
Cet artiste quadragénaire a, comme Richard Prince, le goût de la provocation et de l'ambigu. Il mise délibérément sur le sexe, ce qui est un moyen sûr d'attirer l'attention. Les deux oeuvres que je vous présente aujourd'hui datent d'une phase où il cherchait à imiter les plus grands maîtres anciens.
Chez Phillips de Pury le 13 novembre, le lot 24 est une huile sur toile de 1993, 122 x 91 cm, montrant une femme nue debout, de dos, mais la tête tournée vers la droite montre un visage vieux et désagréable. Le catalogue cherche, hélas, à rapprocher cette oeuvre de Cranach, et en demande 500 K$. Après tout, ce prix est inférieur à celui du Boucher Nude de John Brack, sur lequel j'ai fait une analyse dans le groupe Art Moderne en août. Revenons à Currin : le même tableau était déjà passé dans la même maison de ventes, le 11 novembre 2004, presque au même prix : 450 K$ frais inclus.
Chez Sotheby's, on rêve de vendre à 3,5 M$ le 11 novembre au lot 4 une huile sur toile de 1999, 112 x 87 cm. Dans une attitude maniériste, deux femmes nues vues de face se chatouillent et rient. Cette fois-ci, on se réfère encore, et encore hélas, à Cranach, mais aussi à Botticelli. L'envol des chevelures est une allusion directe aux Venus de ce dernier.
Vendre un John Currin à un prix qu'une Venus à l'Amour de Cranach a du mal à atteindre ... Ce serait de la pure spéculation, peu probable en ce temps dit "de crise" ... Je suis prêt à parier que ce n'est pas cette fois-ci que John Currin recevra sa première enchère millionnaire.
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