En 1912, la valeur n'attendait pas le nombre des années. Agé de 25 ans seulement, Marcel Duchamp bouscule non seulement toutes les traditions mais aussi toutes les avant-gardes.
Au début de l'année, il réalise sa première grande avancée, magistralement, avec le Nu Descendant un Escalier. Il prend complètement à contre-pied le cubisme, qui cherchait le volume. Pour Duchamp, la quatrième dimension est le mouvement. Son personnage est montré plusieurs fois sur cette peinture. Il ne conserve du corps humain qu'une forme générale imprécise, mais les différentes positions attestent de l'humanité de l'attitude en mouvement.
Personne n'y avait pensé avant lui. Cette oeuvre s'inspire des analyses photographiques du mouvement par Muybridge et Marey, mais la transparence et le flou du corps doivent beaucoup aux rayons X, connus depuis moins de vingt ans.
Il y a aussi chez Duchamp l'intention de faire scandale, ou au moins de faire le contraire de tous ses contemporains, ce qui l'encourage à préparer aussitôt son oeuvre suivante, Le Roi et la Reine entourés de nus vites.
Ici, plusieurs personnages sont montrés chacun une seule fois, mais ils s'entremêlent dans des positions respectives qui doivent, selon l'artiste, suggérer le mouvement. L'impact fut moindre, mais le premier dessin préparatoire, 32 x 40 cm, est un témoin important de l'appropriation du mouvement par les artistes graphiques. Le titre manuscrit du dessin (2 nus, un fort et un vite) atteste que Duchamp n'avait pas encore choisi le titre de son futur tableau. Il est à vendre par Christie's à Londres le 23 juin. L'estimation, 800 K£, est bien timide.
Secoué par Picasso, Duchamp, Kandinsky, Malevitch et par tous ceux qui furent inspirés immédiatement par ces pionniers, le monde de l'art connut ces années-là une évolution irréversible, et une poussée de créativité incroyable.
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