Tout semble différencier le Silène Ivre de Rubens et l'Homme qui chavire de Giacometti. L'un est gras, l'autre est filiforme. L'un est peint, l'autre est sculpté. L'un est soutenu, l'autre est seul. Mais tout deux renvoient à ce thème éternel de l'art qu'est la chute de l'homme.
Le bronze de Giacometti a été édité en six exemplaires en 1951 par la Fonderie Rudier. Il est donc contemporain des grands groupes psychologiques et métaphysiques comme La Place (1949) ou La Forêt (1950).
Dans une période euphorique du marché de l'art, l'exemplaire 2/6 avait obtenu un résultat particulièrement remarqué, chez Christie's le 9 mai 2007. Présenté sur une estimation basse de 6,5 M$, ce bronze avait atteint 18,5 M$ frais compris. Le marché avait plébiscité un chef d'oeuvre du maître, malgré sa petite taille (59 cm).
Tout dans le personnage indique que l'homme est prêt à tomber : il est perché sur la pointe des pieds, la tête en arrière, les bras battant le vide. Mais il ne tombera pas, parce que la composition de l'oeuvre est parfaitement équilibrée avec la remarquable disposition des bras en arc de cercle. C'est une des oeuvres les plus dynamiques de Giacometti.
C'est maintenant l'exemplaire 5/6 qui vient aux enchères, chez
Sotheby's à New York le 4 novembre. Le catalogue nous indique que c'est le seul des six qui ait été peint. Il est estimé 8 M$.
La différence entre le résultat de Christie's et l'estimation de Sotheby's peut avoir deux raisons : un doute (qui ne me paraîtrait pas justifié) sur le fait que ce modèle soit un des chefs d'oeuvre du maître ; ou un manque de confiance dans le marché actuel (qui ne me paraît pas justifié non plus, car les acheteurs ont soif d'oeuvres importantes, devenues si rares sur le marché).
L'image de ce lot est partagée par Luxist.